Un salon professionnel visé par une jauge de 20 à 300 personnes relève déjà de la 4ème catégorie d’ERP. Pour être en conformité, il faut identifier sa catégorie selon l’effectif attendu, déposer un dossier deux mois avant l’ouverture, puis obtenir la décision de l’autorité dans le mois qui suit. Cette page détaille chaque étape, sans détour.
Pourquoi la sécurité incendie s’applique aux salons et foires

Tout salon accueillant du public doit respecter l’arrêté du 25 juin 1980, car les aménagements temporaires — stands, câbles, décors — modifient les conditions d’évacuation et de sécurité incendie. Un lieu conçu pour stocker des palettes n’a pas les mêmes issues qu’un hall pensé pour recevoir du public en nombre.
Trois raisons expliquent ce régime. D’abord, un public mobile sur des parcours temporaires augmente l’exposition au risque. Ensuite, les aménagements provisoires — stands en matériau M2 minimum, câblages électriques, décors — peuvent réduire les dégagements et créer des pièges à fumée : la commission vérifie que les issues restent accessibles en toutes circonstances. Enfin, la sécurité incendie du bâtiment — extincteurs, désenfumage, éclairage de sécurité — doit fonctionner indépendamment du montage et du démontage. Cela engage le gestionnaire de l’événement, qui doit le vérifier avant l’ouverture.
Traiter cette vérification comme une formalité de dernière minute reste risqué. Un désenfumage neutralisé par un décor mal placé, ça se découvre le jour de la commission. Trop tard pour corriger avant l’ouverture.
Quel texte s’applique ? Textes et documents à connaître
Le texte central reste l’arrêté du 25 juin 1980, dispositions générales du règlement de sécurité contre l’incendie et la panique dans les ERP. Il fixe les articles techniques sur les voies d’évacuation, l’éclairage de sécurité, les extincteurs et les systèmes d’alarme.
Le chapitre VIII, spécifique aux salles d’exposition (Type T), complète ce socle général. Il précise les délais de dépôt et les obligations propres aux manifestations temporaires. Inutile de chercher ailleurs un texte plus récent : c’est la version consolidée sur Legifrance qui fait foi.
Les guides du Ministère de l’Intérieur, les publications du CNPP et les ressources de l’INRS aident à l’interprétation. Je ne les mettrais jamais au même niveau que l’arrêté lui-même : en cas de désaccord avec la commission, c’est le texte réglementaire qui tranche, pas un guide pratique.
Qui est responsable et quels interlocuteurs contacter ?
La responsabilité repose sur le gestionnaire de l’événement. Il doit désigner un chargé de sécurité, constituer les documents techniques et coordonner la prévention avec les autorités. Mieux vaut nommer cette personne dès la phase de projet, pas la veille du montage : elle doit connaître le dossier avant que la commission ne pose ses questions.
La mairie ou la préfecture, la commission de sécurité et le SDIS forment le trio d’interlocuteurs à mobiliser. La commission émet des avis et peut exiger des ajustements. Le SDIS intervient comme interlocuteur opérationnel pour les dispositifs d’extinction.
Consultez la préfecture dès la phase de concept, avant même le choix définitif du hall. Une manifestation Type T réclame un dossier constitué au minimum deux mois avant l’ouverture au public.
Obligations concrètes pour le lieu (halls, parcs d’expositions)
Pour un hall ou un parc des expositions, les obligations générales portent sur les voies d’évacuation, l’éclairage de sécurité, la signalisation, l’implantation des extincteurs et, selon la configuration, le désenfumage. Ces exigences varient avec la catégorie de l’ERP.
Les petits salons de 5ème catégorie, sous 20 personnes, pensent souvent à tort que le régime ERP ne s’applique pas. Il s’applique, mais allégé. Ne pas avertir vos exposants de ces règles expose à une fermeture administrative en 48 heures — un délai qui ne laisse aucune marge pour réagir.

C’est la commission compétente qui apprécie la conformité, en référence au règlement et aux documents fournis. Les installations permanentes du site doivent rester compatibles avec les aménagements temporaires : un désenfumage qui fonctionne à vide ne prouve rien une fois les stands montés.
Obligations et bonnes pratiques pour les stands et aménagements temporaires
Les stands et décors doivent respecter des règles précises sur les matériaux et leur réaction au feu. L’arrêté du 21 novembre 2002 et la norme NF P 92-507 imposent un classement M1 (non inflammable) ou M2 (difficilement inflammable) selon la zone.
Classification de réaction au feu pour stands et matériaux
M1
non inflammable, exigé en zones à risque élevé
M2
difficilement inflammable, admis en général
Source : Legifrance — Arrêté du 21 novembre 2002 (NF P 92-507), 2025
Commander les matériaux au moment du montage, sans vérifier leur classement au préalable, revient trop souvent chaque saison. Changer un fournisseur qui n’a pas certifié M1 coûte deux à trois semaines de retard. Exigez la certification dès l’appel d’offres aux exposants, pas la veille de l’installation.

Checklist prioritaire à vérifier : câbles électriques conformes et protégés, car ils cumulent le risque d’électrocution et d’incendie ; dégagements conservés entre stands, pour garantir une issue de secours praticable ; matériaux classés M1 ou M2 selon la norme NF P 92-507. Pour les démonstrations avec feu réel ou éléments pyrotechniques, la réglementation prévoit des cas spécifiques : interdiction ou autorisation particulière selon la situation. Le chargé de sécurité et la commission restent les interlocuteurs à consulter avant toute demande.
Documents à préparer et calendrier
Le dossier minimal comprend des plans d’implantation, une notice de sécurité et des justificatifs relatifs aux installations électriques et aux matériaux utilisés. Demandez les plans dès que possible : un prestataire met du temps à les produire, et une notice bien rédigée en amont évite des allers-retours avec la commission.
Les 2 délais clés de l’instruction réglementaire
2 mois
délai d’instruction par la commission de sécurité
1 mois
délai maximal de décision par l’autorité administrative
Source : Legifrance — Arrêté du 25 juin 1980, 2025
Ces deux délais s’enchaînent, ils ne se cumulent pas dans le désordre : la commission instruit d’abord, l’autorité décide ensuite. Le rétroplanning ci-dessous situe chaque étape dans l’ordre réel du dossier.
Rétroplanning : instruction d’une manifestation Type T
2 mois avant l’ouverture
Constituer le dossier
Plans, notice sécurité, justificatifs électriques réunis au minimum 2 mois avant l’ouverture au public.
Déposer le dossier
Dépôt auprès de la mairie ou de la préfecture compétente pour le lieu.
2 mois
Instruction par la commission
La commission de sécurité statue dans un délai de 2 mois à partir de la réception par son secrétariat.
1 mois
Décision de l’autorité
L’autorité administrative rend sa décision dans un délai maximal de 1 mois.
Visite de réception
Contrôle sur place avant ouverture, si la commission le demande.
Exploitation
Ouverture au public une fois l’autorisation obtenue.
Le point qui échappe à beaucoup d’organisateurs : le délai de la commission court à partir de la réception par son secrétariat, pas du jour où vous déposez le dossier en mairie. Ce décalage se rattrape mal une fois le calendrier figé.
Le saviez-vous ?
La commission de sécurité dispose de 2 mois pour examiner votre dossier Type T, mais ce délai court à partir de la réception par son secrétariat — pas de votre dépôt à la mairie. Ce décalage administratif se rattrape mal une fois le calendrier figé.
Source : Legifrance — Arrêté du 25 juin 1980 (Chapitre VIII), 2025
Cas particuliers et différences selon la situation
Votre manifestation se tient en extérieur ? Vous devez ajouter une autorisation pour l’alimentation électrique et l’évacuation des eaux, en coordination avec la commune. Un Type T en plein air affronte des exigences plus strictes qu’un hall fermé : consultez la préfecture avant de figer le plan d’implantation.
Pour les manifestations à effectif réduit, un cadre déclaratif ou une procédure allégée peut s’appliquer. La vérification auprès de la mairie reste indispensable, même pour un petit événement : la qualification exacte dépend de critères locaux que le règlement général ne détaille pas toujours.
Les expositions itinérantes ou multi-sites imposent une coordination renforcée. Chaque site fait l’objet d’une instruction locale et d’un contrôle propre lors du montage et du démontage. Anticiper ces phases site par site évite de découvrir un blocage la veille de l’ouverture sur un lieu qu’on croyait acquis.
Que fait la commission de sécurité et que peut exiger le SDIS ?
La commission de sécurité instruit les dossiers, visite les installations et formule des prescriptions techniques. En cas de non-conformité, elle peut prononcer des mesures conservatoires, jusqu’à l’arrêt temporaire d’exploitation. Ce n’est pas une menace théorique : c’est l’issue prévue par le règlement quand un point technique reste bloquant.
Le SDIS inspecte les moyens d’extinction — extincteurs, RIA — et peut prescrire des renforcements, par exemple l’ajout d’extincteurs adaptés pour une démonstration avec feu réel. Ses avis lient le gestionnaire de l’événement : ils ne relèvent pas de la simple recommandation.
Sources officielles et documents utiles
Les textes cités ici comprennent l’arrêté du 25 juin 1980 (règlement ERP), le chapitre VIII sur les salles d’exposition, et l’arrêté du 21 novembre 2002 sur la classification de réaction au feu. La version consolidée sur Legifrance fait référence : les guides de préfecture complètent, mais ne remplacent jamais le texte réglementaire.
- Arrêté du 25 juin 1980 — règlement ERP (Legifrance).
- Chapitre VIII — Établissements du type T, salles d’exposition (Legifrance).
- Arrêté du 21 novembre 2002 — classification de réaction au feu (Legifrance).
Que faire en pratique si vous avez un doute
Vérifiez d’abord la version consolidée sur Legifrance. Contactez ensuite la mairie ou la préfecture pour préciser la catégorie d’ERP applicable et les échéances locales d’instruction. Sollicitez le chargé de sécurité et le SDIS pour un avis technique, et soumettez les plans et la notice de sécurité exigés par la procédure locale.
Les délais légaux sont des maxima, pas des minima. Une préfecture peut demander un deuxième tour de dossier, et votre calendrier s’effondre si vous n’avez pas gardé de marge. Nommer le chargé de sécurité avant le montage, pas la veille : c’est le seul réflexe qui vous laisse encore une marge de manœuvre le jour où la commission pose une question technique.

L’avis de Lucas
Lucas Morel, journaliste · Lorrain Expo
Je conseille de consulter la préfecture dès la phase de concept, pas au montage, et de nommer le chargé de sécurité dès le projet. L’appel d’offres aux exposants doit exiger la certification M1 ou M2 dès le départ : changer de fournisseur en cours de montage coûte deux à trois semaines qu’aucun calendrier Type T ne peut absorber.
Sources
01Legifrance — Arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité ERP, 1980 (consolidé 2025). Consulté le 29/09/2026.
02Legifrance — Chapitre VIII — Établissements du type T, salles d’exposition, 2025. Consulté le 29/09/2026.
03Legifrance — Arrêté du 21 novembre 2002 relatif à la classification de réaction au feu, 2002. Consulté le 29/09/2026.


